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Daniele Rechstein

Ma sœur me raconte

Daniele Rechstein

Je suis née deux ans après la fin de la guerre. C’est grâce à ma sœur que les histoires de ma famille et surtout de mon père me reviennent.

Les liens familiaux ont joué un rôle très important pour nous au cours de la guerre. Papa était officier dans l’armée et son bien-être inquiétait beaucoup Maman. La situation l’a même incitée à faire un pacte avec la Sainte-Vierge pour qu’il revienne sain et sauf…

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Je m’appelle Danièle Rechstein, dit ioleda de mon nom d’auteure. Je suis née à Paris en 1947, trois ans après la Libération.

Notre famille n’a pas vraiment souffert de privations en raison de la situation aisée de la famille de mon père. Grand-père était propriétaire terrien et avait des biens, puis, il y avait notre parenté à la campagne qui nous fournissait de la nourriture et du tissu pour les vêtements.

Maman était Italienne et très mal acceptée dans la famille de mon père, car l’Italie était l’alliée de l’Allemagne nazie, peu importe que sa famille vivait en France depuis plusieurs années déjà. En dépit de l’opposition à leur union, mes parents se sont mariés. Papa a même renoncé à sa part d’héritage.

La drôle de guerre

Mon père a été mobilisé le jour de la déclaration de guerre entre la France et l’Allemagne, en 1939, et démobilisé en 1940, quand les Allemands ont envahi Paris. On appelle cette période la « drôle de guerre », car les unités françaises de combat ont capitulé devant l’arrivée en force des Allemands avec peu de résistance.

Maman avait très peur pour lui et avait prêté serment de faire l’offrande de sa bague de fiançailles à la Vierge de Lourdes si Papa lui revenait sain et sauf.

La Somme

Mon père est parti pour le front de la Somme, lieu stratégique, puisque les Allemands ayant envahi la Belgique se dirigeaient sur la France par le Nord. Il était sergent-chef et artilleur responsable d’une unité de blindés.

Pendant tout le trajet, son unité n’a rencontré aucune opposition allemande, malgré les Stukas (avions allemands) qui les survolaient. Ils auraient dû soupçonner un guet-apens. Son unité et les troupes anglaises sont entrées dans la Somme en passant par Péronne, le Cateau et Roisel et se sont très vite trouvées encerclées par les Allemands.

L’armée d’artilleurs allemands était mieux équipée et a vite envahi ce qu’on appelle la « poche de la Somme ». Les soldats français et britanniques ont fui et se sont dirigés vers Dunkerque, où les barges britanniques attendaient pour rapatrier leurs hommes.

Plusieurs blindés et leurs hommes sont tombés sous la mitraille des Stukas, mais l’unité de Papa n’a pas été touchée.

S’en sortir par la peau de ses « bottes »

Arrivés à Dunkerque avec peine, les troupes anglaises avaient préséance pour retourner en Angleterre, mais comme il restait quelques places, ils ont accepté d’amener avec eux les Français, à condition qu’ils fassent partie d’unités entières.

Or, comme le dit mon père, il avait de très belles bottes de cuir toutes neuves. Les bottes règlementaires ne lui plaisaient pas, et comme officier il avait le droit de porter des bottes de cuir.

Désespoir

Mais quand il s’est trouvé sur le sable de Dunkerque, il ne pouvait pas courir, à cause de ses bottes rigides. Ses hommes l’ont donc dépassé, et il s’est retrouvé seul sur la plage. Il savait que les Anglais ne le prendraient pas, car il avait perdu son unité. Ne sachant plus trop quoi faire, il s’est arrêté, résigné à attendre les Allemands, fumant cigarette sur cigarette.

Il s’était donc résigné à se constituer prisonnier, quand, tout à coup, un soldat qui passait en courant lui a crié de ne pas rester là, qu’une barge les attendait. Alors, malgré la douleur aux pieds, tous les deux ont couru vers cette barge, la dernière à quitter la France. C’est mon père qui racontait cette histoire, et bien sûr, il a affirmé qu’à cause de ses bottes, il a été le tout dernier à embarquer.

Échappé bel!

Les Stukas avaient remarqué le sauvetage et mitraillaient à qui mieux mieux les barges. Certaines ont coulé, d’autres ont pris feu, des soldats ont été touchés et tués. Mais la barge de mon père a accosté en Angleterre sans une égratignure et son unité a suivi les Anglais jusqu’à Londres.

Quelle veine!

Ma sœur Bernadette trouvait que Papa avait beaucoup de chance. Elle disait que pour une bêtise de pure coquetterie (ses bottes de cuir!), il avait failli se trouver dans un camp de prisonniers, comme tous ceux qui sont restés sur le sable ce jour-là, et elle croit que Papa, avec son caractère sensible et poète, n’aurait pas survécu.

Naissance de Bernadette

Maman a donné naissance à ma sœur Bernadette à l’hôpital d’Arpajon, sous l’occupation allemande dans des conditions terrifiantes. Les Allemands fouillaient toutes les chambres pour des résistants sans égard aux femmes qui accouchaient. Elle pouvait entendre les bottes cloutées des soldats qui marchaient dans les couloirs et leurs voix qui résonnaient partout sur l’étage. Déjà dans un état de santé affaibli, la naissance a été très difficile. Maman aurait dû rester à l’hôpital en observation, mais à cause du cauchemar que provoquait la présence des soldats, elle est sortie dès le lendemain.

La belle vie au Yukon

Je vis au Yukon depuis 2002. La crise de la quarantaine! Besoin de grands espaces, d’une vie nouvelle!  C’est au Canada que j’ai enfin pu devenir pilote!

J’ai décidé d’émigrer seule en 1988. Pour moi, le Yukon est l’endroit où j’ai trouvé la paix et la beauté de la planète. Quand on dit « homecoming » en anglais, c’est vraiment ça … c’est trouver son chez-soi dans son cœur et dans tout son être. Être bien, là où on est et ne plus chercher ailleurs, car la révélation est ici même.

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Carte
  • Bernadette, 5 mois et Maman à Breux, 1943

  • Bernadette, la cocarde tricolore aux cheveux. Elle en était très fière!

  • Papa porte une gourmette d'identification. Photo prise le jour de Noël 1939.

  • Papa et ses hommes ont approvisionné les alvéoles pour stockage de munitions Ronssoy, 1939.

  • Carte du combattant de Papa

  • Maman avait fait la promesse de donner sa bague de fiançailles à Notre Dame de Lourdes si son mari revenait vivant de la guerre. Elle a tenu sa promesse. Dans cette photo prise plusieurs années plus tard, elle était très malade et était accompagnée du personnel de l’Ordre de Malte

  • Photo de Papa et de son unité devant la caserne. Photo officielle. 1939

  • Grand-mère Giovanna assise sur le pas de sa porte dans l’Essonne. Grand-père était cordonnier.Ils étaient émigrés d’Italie. Maman est arrivée en France à l’âge de 16 ans et n’a plus jamais revu son pays.

  • La visite de grand-mère Giovanna. On voit notre lessive sur la corde à linge. Je suis devant ma soeur Bernadette à droite.

  • La fameuse voiture Citroën de mon grand-père Rechstein, avec des membres de la famille. Grand-père est debout à l’arrière à gauche. Pierre, le frère de mon père est en uniforme devant; à côté de lui, debout ma tante Geneviève.Oncle Pierre se serait proposé comme chauffeur aux colonels qui cherchaient à s’enfuir en zone libre à l’arrivée de l’Occupation.

  • Dans le jardin en Val d'Oise. De gauche à droite: Anne-Marie, Jean, Bernadette et Danièle.

  • Avec Maman

  • Sur la plage à Juan les Pins

  • Je vis au Yukon depuis 2002. La crise de la quarantaine! Besoin de grands espaces, d’une vie nouvelle! C’est au Canada que j’ai enfin pu devenir pilote!J’ai décidé d’émigrer seule en 1988, Pour moi, le Yukon est l’endroit où j’ai trouvé la paix intérieure et la beauté de la planète. Quand on dit « homecoming » en anglais, c’est vraiment ca … c’est trouver son chez soi dans son cœur et dans tout son être. Être bien, là où on est- Ne plus chercher ailleurs, car la révélation est ici même.

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